Lyonel Trouillot au lycée Valin

Articles rédigés par des élèves de première S4
lundi 7 mai 2012
par  Ingrid GHILARDINI

Haïti à La Rochelle


Lyonel Trouillot [1]

A l’occasion du Printemps des Poètes, l’association LEAR organisa, le 14 Mars 2012, la rencontre entre l’écrivain Lyonel Trouillot et deux classes de 1ère, S et ES, du Lycée Josué Valin.
Lyonel Trouillot est un romancier et poète haïtien contemporain. Considéré comme un intellectuel, il enseigne la littérature à l’université de Port-au-Prince, cependant il est aussi journaliste et essayiste, et la diffusion de la culture d’Haïti le préoccupe.
En homme engagé, Lyonel Trouillot est également fondateur du collectif « NON » dénonçant les exactions du président Aristide lors des manifestations de 2004.
Nous avons choisi de lui poser des questions se rapportant à son statut d’écrivain, mais aussi à sa vie en tant qu’Haïtien.

A quel âge avez-vous commencé à écrire, et pourquoi décider d’en faire votre métier ?
Je crois avoir toujours écrit, je ne me souviens pas de moi n’écrivant pas. J’ai écrit ma première histoire à l’âge de 6 ans. Ma mère était une femme dure et croyante, elle n’aimait pas que j’écrive surtout quand je me moquais de Dieu.
Je n’ai pas choisi d’être écrivain, disons plutôt que c’est venu à moi comme une évidence, car rien d’autre ne me convenait. Comme mon père, j’ai fait des études de droit pour devenir avocat, mais ça ne m’a pas plu, alors j’ai abandonné les études. J’ai aussi été instituteur, pendant peu de temps.

Pourquoi avez-vous choisi des romans ainsi que des poèmes ?
J’écris des romans et des poèmes, et pas autre chose, parce que c’est ce qui me vient. La poésie s’impose à moi, on ne peut pas choisir d’être poète, c’est à l’intérieur de soi.
Le roman est moins fermé, c’est une écriture plus ouverte, et plus vulgaire. C’est donc un moyen plus facile pour communiquer avec la population. A l’inverse de la poésie, le roman n’est pas vital pour moi.

Où trouvez-vous l’inspiration pour écrire vos ouvrages ?
Je trouve mon inspiration avec le regard, les yeux fixés sur le monde. J’aime les poètes surréalistes comme Paul Eluard. Je ne lis pas beaucoup, mais je trouve intéressants les livres comme Moby Dick d’Hermann Melville qui décrit les obsessions du personnage et qui prête donc à une éventuelle discussion sur le sujet.

Pour vous, quelles sont les règles, pour qu’un roman soit qualifié de réussi ?
Un roman doit répondre à une question, une proposition sur le monde qui nous oblige à y prendre part. Je n’aime pas tant que ça écrire des histoires trop banales. Pour moi quand un poète ou un romancier arrive à faire apparaître aux yeux des lecteurs le pronom « Je » comme étant un « Nous », c’est qu’il est bon écrivain, car c’est le plus difficile dans l’écriture, et pour moi, une chose importante. J’essaye aussi de ne pas finir mes romans pour laisser l’imagination s’exprimer, prolonger le rêve du texte. Ecrire c’est en quelque sorte se mettre en danger car il y a toujours le risque de ne pas plaire. La qualité du roman est égale aux vérités sur le réel qu’il propose. On écrit pour ou contre quelque chose, comme par exemple les droits de la femme, nos libertés, qui sont des vérités intéressantes.

Quelle est la part la plus importante, et la plus difficile de l’écriture ?
Je pense que les détails techniques sont essentiels, mais il me semble que l’inspiration importe beaucoup aussi. La part de relecture de son travail est d’ailleurs décisive. C’est ce qui, je pense, est le plus difficile pour un écrivain, car il faut être objectif sur la valeur de son texte, même si cela signifie parfois abandonner une idée si elle ne mène nulle part. Le métier d’écrivain peut être comparé à celui d’artisan. Pour la poésie, une partie vient naturellement, mais il faut aller chercher le reste.

Nous savons, que vous êtes fondateur du collectif « NON ». Que représentait pour la population Haïtienne le régime d’Aristide, et quelles menaces concrètes pesaient sur vous au moment de la célébration du Bicentenaire ?
En 1990, Aristide est populaire et est à la tête du pays. Sept mois après il y a eu un renversement et Aristide quitte le pouvoir. En 1994 il est ramené au pouvoir par l’armée américaine, un pouvoir marqué par la corruption. Après cet évènement, Aristide ne porte plus l’espoir comme autrefois, et n’est plus populaire. Moi je n’ai jamais eu d’espoir en cet homme, mais beaucoup de gens ont été déçus, il utilisait désormais le banditisme comme arme politique. Un soir lors de la célébration du Bicentenaire, j’étais parti manger chez ma sœur qui habite la maison à côté de chez moi, et en revenant des douilles et des affichettes étaient semées dans ma cour, c’était un signe de menace, pour certaines personnes il faisait croire à un cambriolage qui a mal tourné pour dissimuler un assassinat contre un opposant dérangeant.

Dans Bicentenaire, vous êtes-vous inspiré de personnes réelles pour créer vos personnages ?
Mes écrits sont toujours inspirés de faits réels, mais pas de personnes en particulier, plutôt de groupes de gens. Le personnage de Little Joe, par exemple, est inspiré de bandits vus dans la rue, sous l’autorité d’Aristide. Le roman collecte toujours des fragments de réel. Dans mes romans, j’essaye de montrer la complexité du réel à travers ces personnages. Le médecin est ici représentatif des riches. Les personnages choisis font, dans le réel, partie du paysage social. A travers eux, je peux montrer l’ensemble des contradictions.

Pourquoi avoir choisi un étudiant comme personnage principal ?
Lors de la manifestation, ce sont les étudiants qui se sont rendus dans la rue les premiers, et les plus nombreux, c’était une sorte d’hommage, pour garder un souvenir de cette manifestation. J’ai voulu, dans ce roman, rendre aussi hommage aux journalistes qui donnaient les informations en direct dans des conditions terribles.

Pour finir, pourquoi s’investir autant dans la vie haïtienne ?
Peut-être pour ne pas mourir d’ennui (sourire), sortir de l’ordinaire, essayer de changer un peu les choses. Je pense qu’il est important de donner la véritable image de son pays, et non pas celle qui est décrite dans les journaux, comme les histoires d’enfants esclaves, qui n’est en fin de compte qu’un mythe.

Après cette interview nous pouvons affirmer que Lyonel Trouillot est une personne dont la vision de ce qu’est ECRIRE est bien précise : « écrire c’est chercher un texte idéal qu’on n’atteindra jamais » ou encore « Chaque roman a son rythme, sa musique. Le livre commande son style. » De plus c’est un homme qui ne se défile pas et dont le peuple haïtien est l’une des préoccupations : « Haïti n’est pas le pays des riches mais leur commerce ».

Laura B.


Lyonel Trouillot : un poète porteur de messages

Lyonel Trouillot est un romancier mais plus que tout poète haïtien. Il est également journaliste et professeur de littérature française et créole. Ce poète et romancier publie beaucoup de poèmes mais se bat également pour la démocratie de son pays et pour la résistance face au président Aristide évoquée dans le roman Bicentenaire de 2004. C’est donc un homme engagé que nous avons interviewé le Lundi 14 Mars lors d’une rencontre organisée par l’association LEAR (Lire Ecrire A la Rochelle) au lycée Valin dans le cadre du printemps des poètes.

Vous qui êtes Haïtien et qui avez vécu le séisme de 2010 quel a été votre ressenti ? Avez-vous eu des désirs d’écriture à ce sujet-là ? Et comment la littérature est-elle présente à Haïti ?
Bien sûr, comme tout le monde, j’ai eu très peur à ce moment, et cela a été très douloureux et le reste car le pays est encore marqué par ce triste événement. J’ai toujours du mal à en parler. Ecrire sur ce séisme est pour moi impossible, je suis incapable d’exprimer mes sentiments, je ne trouve aucun mot assez fort pour cela. Je désirerais plus écrire sur l’après séisme qui a été très mal géré par le gouvernement.
A Haïti, pour publier un livre, l’écrivain doit tout réaliser, jusqu’à la vente, car il existe très peu de maison d’édition. Et pour les lecteurs, c’est très compliqué d’acheter le moindre livre car la distribution des richesses est inégale à Haïti. Le pouvoir d’achat est très faible, c’est pourquoi les lecteurs se prêtent les livres ou les empruntent. Mais à l’initiative de certains écrivains il y a des manifestations littéraires, et la publication de livres en éditions locales moins chères permettant d’accéder plus facilement à la lecture.

A partir de quand vous est venue l’envie d’écrire ? Des écrivains vous ont-ils inspiré ? D’où vient cette inspiration ?
Tout d’abord je n’ai pas d’image en tête de moi n’écrivant pas (rire), j’ai toujours écrit, cela a toujours été nécessaire pour moi. Je ne m’inspire pas vraiment d’autre poètes ou romanciers, même si certains m’ont marqué comme les poètes Eluard ou Aragon, deux surréalistes, ou encore Neruda ou Darwich qui a une forte capacité à dire « je » pour « nous », portant l’ensemble des voix. Malgré tout se défaire de ses influences n’est pas évident. Mon inspiration pour mes histoires vient de l’observation du monde, de mon pays Haïti et de la réalité qui m’entoure. Par exemple les vieilles femmes Haïtiennes qui répètent sans cesse « Moi, Noire… » m’ont inspiré pour créer le personnage d’Ernestine Saint Hilaire. Little Joe est né des jeunes voyous d’Haïti.

Quelle est votre vision du roman ? Comment écrivez-vous vos romans ? Et en particulier Bicentenaire ?
Le roman est un genre qui permet de communiquer, de discuter politique, d’échanger sur un sujet bien précis. L’histoire importe peu, mais doit conduire à une réflexion, à se poser des questions et décrire une réalité à travers l’histoire. Je trouve qu’il y a beaucoup trop de livres banals sans grande question. D’ailleurs je préfère un livre qui propose une vérité qui n’est pas la mienne, même si je la déteste, à un roman racontant des choses banales de la vie (rire). Ce que j’aime dans le roman, même si je l’apprécie vraiment moins qu’un poème, c’est que le lecteur est libre de terminer le livre. J’aime les rencontres avec les lecteurs permettant de discuter de la fin de mes romans ou bien d’échanger sur les questions qu’ils provoquent. Je choisis toujours le titre avant d’écrire le roman, mais je dois aussi connaître la première et dernière phrase. Le système du livre doit être entièrement composé dans ma tête pour que je puisse commencer à l’écrire. Pour Bicentenaire , il m’a fallu moins de 2 mois pour fixer mes souvenirs et rendre hommage aux Haïtiens trahis, aux étudiants venus me chercher pour célébrer ce bicentenaire mais aussi aux journalistes qui ont pris beaucoup de risques. Dans ce roman j’ai voulu rappeler le rythme de la manifestation.

Pourquoi dites-vous préférer la poésie ?
La poésie s’impose à moi, elle m’attire davantage, et sans poésie je suis malheureux. La poésie nécessite beaucoup de détails techniques mais les enjeux humains sont aussi importants, la poésie est capable de toucher par son texte, peu importe le thème, c’est pourquoi la poésie est universelle.

Gautier B.


Lyonel Trouillot : une rencontre inédite

Mercredi 14 mars 2012, 10h15 .

La salle de conférence du Lycée Valin accueille aujourd’hui un hôte particulier. A l’occasion du Printemps des Poètes, l’association LEAR a permis cette rencontre exceptionnelle entre Lyonel Trouillot, un auteur lu et analysé par des élèves en classe, et ces mêmes élèves, plutôt habitués à analyser les oeuvres d’auteurs disparus.

Une classe de première S fait une lecture d’un extrait de Bicentenaire et de plusieurs poèmes de Lyonel Trouillot. Ensuite, le dialogue avec l’artiste a pu commencer.

Dès le début, les interrogations portent sur son parcours d’écrivain.
Parti pour être avocat, Lyonel bifurque vite vers ses premières amours, la littérature. En effet, il dit ne pas se souvenir d’une époque où il n’aurait pas écrit. Ecrire est pour lui depuis toujours une nécessité, confie-t-il.

Il différencie cependant son rapport au roman et celui qu’il entretient avec la poésie.Du travail de poète, il dit s’abreuver. C’est pour lui plus qu’un besoin, il dit même que certaines phrases lui sont données alors que, pour lui, écrire un roman , c’est avant tout un moyen de raconter l’Histoire, d’engager la conversation avec ses contemporains sur les sujets qui à ses yeux interrogent le monde. La forme du roman en elle-même n’a d’autre intérêt que celui-là. L’écriture poétique, c’est autre chose, elle existe pour elle-même, et s’est imposée à lui, elle est devenue comme une drogue. Mais il dit clairement que s’il voit un vers qu’il a écrit apparaître dans un poème plus ancien ou que le sien ne le satisfait pas, il le brûle dans une grande majorité des cas et , aux personnes qui lui demandent si c’est facile d’écrire un poème, il répond que le plus dur est d’avoir une vision objective de son travail, de réussir à relire comme si c ’était écrit par quelqu’un d’autre. Il est aidé pour cela par son travail d’enseignant. En effet, il enseigne la littérature, pose un regard critique, averti sur des oeuvres de façon régulière et observe donc le sien avec le regard du spécialiste.

Pendant l’heure qui suit, il s’engage un entretien plus privilégié pour une des classes présentes , en l’occurrence celle qui a fait la lecture ; ayant étudié Bicentenaire, ces élèves posent des questions plus pointues sur le livre, comment il fut écrit et pour quelle raison.

La premiere question posée est bien évidemment liée à l’envie d’écrire Bicentenaire ; pour l’écrivain, ce ne fut pas une envie mais un besoin de marquer cet épisode pour que les générations futures s’en souviennent, c’était un devoir, une chose qu’il devait absolument faire pour la mémoire de son pays.

La question suivante concerne les menaces éventuelles pendant qu’il écrivait son livre car il est dit dans sa biographie qu’il a écrit Bicentenaire sous le régime autoritaire et répressif en place. A ceci, il répond qu’il avait écrit Bicentenaire en 2 mois, le premier sous le régime d’Aristide et que pendant le deuxième mois, ils étaient déjà en train de mettre un nouveau régime en place. Ce sont les étudiants, dit-il, qui ont organisé la révolte, enjoint les intellectuels à les rejoindre et mis en place les manifestations. Lyonel Trouillot a donc répondu à un appel .Tout ça pour dire que oui, il a subi des menaces et qu’il aurait pu être tué comme lui a dit un jeune qu’il croisa un jour et qu’il avait vu à la manifestation pour aider la police , mais qu’il ne regrette pas cet engagement. Il pense que c’est un devoir de citoyen de participer comme un autre aux mouvements du monde. Il dit d’ailleurs que c’est ce qui justifie l’art du roman, engager des conversations sur des sujets importants pour les hommes.

Qu’il s’agisse d’amour, de politique, Lyonel Trouillot est en éternel questionnement et interroge le lecteur à travers ses oeuvres.

Timothée S.


[1By Georges Seguin (Okki) (Own work) [GFDL (http://www.gnu.org/copyleft/fdl.html) or CC-BY-SA-3.0-2.5-2.0-1.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], via Wikimedia Commons


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