Rita Mestokosho au lycée Valin

Articles rédigés par les élèves de la seconde 12 après une inoubliable rencontre.
lundi 8 avril 2013
par  Ingrid GHILARDINI

A la croisée des mondes

Le mercredi 20 Mars 2013, les élèves de seconde du Lycée Valin ont eu le privilège de rencontrer Rita Mestokosho et sa soeur. Ils leur ont d’abord récité quelques poèmes afin de leurs souhaiter la bienvenue et de rendre hommage à la poétesse innue. Les lycéens ont pu découvrir une femme pleine de vie et d’une sagesse unique. Elle a partagé avec eux ses traditions : elle a fait circuler la plume d’Aigle Royal que chacun d’eux devait tenir dans sa main gauche en pensant à un être aimé, et a également interprété une chanson en innu.

A quel âge avez-vous commencé à écrire et pourquoi ?J’ai commencé à écrire à l’âge de 13,14 ans car je ne parlais pas beaucoup avec mon entourage, et l’écriture m’a permis d’exprimer mes sentiments à une époque où le deuil d’un grand homme du village me submergea d’émotions. Cet homme était attaché à la jeunesse et m’a permis de m’épanouir dans celle-ci, le poème était la meilleure façon de lui rendre hommage. J’ai continué par la suite et ce fut comme une mission pour moi, de partager l’amour qui m’habitait.

Avez-vous suivi les traditions innues dans votre jeunesse ? Quelles sont-elles ? Oui, j’ai suivi les traditions de mon peuple, j’ai toujours été fidèle à ma culture bien que baptisée dans le catholicisme et éduquée dans l’école canadienne où j’ai appris le français. Heureusement, aujourd’hui, la jeunesse préserve toujours notre culture en chassant le caribou, en pêchant le saumon, en cueillant des plantes médicinales et des fruits. Elle se réapproprie notre langue en l’adaptant à la musique moderne comme le fils de Marie-Aimée, ma sœur, qui chante en innu sur un rythme actuel.

Quelles sont vos croyances ?Je crois en la force du Grand Esprit, représentant la communion de notre peuple et l’inconnu, au pouvoir de la Terre, de la Lune, du Soleil et de la pensée humaine : un homme fort est un homme qui a de belles pensées et qui vit en harmonie avec la nature. Nos anciens ont aussi un rôle majeur dans notre civilisation car ils sont nos sages et nos guides spirituels.

Pourquoi la nature est-elle si importante dans vos œuvres et quel est votre engagement par rapport à celle-ci ?La nature a toujours été importante pour nous car c’est elle qui nous apporte la vie. C’est aussi cela, ma mission, de montrer la vérité au monde, la vérité de la vie. Nul n’a besoin de se blottir dans le confort d’un monde matérialiste, la nature nous offre déjà tout le nécessaire dont l’homme a besoin pour être heureux. Je m’engage politiquement pour défendre nos terres d’un gouvernement canadien restrictif qui nous empêche de vivre décemment de notre mode de vie ancestral.

Quel est votre souhait le plus cher ?Ce que je souhaite le plus au monde, c’est le bonheur de tous. Tout le monde a le droit d’être heureux.

Swann et Corentin pour le corps de l’article, Eva et Ludovic pour le chapeau, Héloïse et Thomas pour le titre.

Une vie hors du commun

Le mercredi 20 mars, les lycéens de Valin ont eu l’honneur et le privilège de rencontrer la poètesse engagée innue, Rita Mestokosho. Cette femme venant d’ailleurs, issue d’une famille de neuf enfants, mère d’une fille de 21 ans et d’un garçon de 23 ans, a commencé son intervention par un petit discours, les remerciant d’abord de l’honneur qu’ils lui avaient fait en récitant quelques uns de ses poèmes sous forme de spectacle, et ensuite leur exprimant sa philosophie de la vie où la famille est essentielle et sacrée.

Avez-vous suivi les traditions des Innus dans votre adolescence ?Quand j’étais jeune je me posais beaucoup de questions. J’aimais beaucoup lire, je pratiquais le théâtre, la danse et le chant innu. Le week-end, dans mon petit village de 600 habitants, je suivais les traditions de mon peuple à travers des prières, des chants et danses, ou encore en allant à la chasse au caribou ou à la pêche au saumon.

Quelles sont vos croyances ?Je crois beaucoup, je crois en la nature, le soleil ou encore la lune ma grand-mère. Même en étant baptisée, de religion catholique, j’ai décidé d’appeler mes enfants avec des prénoms traditionnels innus, même si le prêtre me l’a déconseillé. Le pouvoir de la pensée est primordial pour moi, les Innus m’ont accordé un nom spirituel au cours d’une grande cérémonie qui nous fait devenir homme ou femme. Mon nom spirituel signifie : Femme Eclair Bleu.

De quoi les Innus vivent-ils ?Actuellement les Innus vivent encore de chasse, de pêche et de cueillette. Depuis un certain nombre d’années, la pêche commerciale s’est développée au nord du pays [Canada]. Nous avons comme vous accès à internet, et la technologie s’est peu à peu installée dans nos villages.

Qu’est ce qui vous a donné envie d’écrire des poèmes ?Je vivais dans un grand silence, et je sentais ma différence dans une classe où il y avait environ 25 Canadiens pour 2 Innus. Dans ma culture, les enfants parlent peu, et écoutent surtout les anciens qui sont énormément respectés. Adolescente, j’ai encore tout gardé en moi, mais je sentais toujours l’envie de partager. C’est au moment où il y a eu un décès dans mon village, j’ai ressenti tellement de peine, que j’ai tout extériorisé à travers un poème et ce fut le début d’une grande histoire

Combien de temps vous faut-il pour écrire un poème ? Et vivez-vous de votre plume ?Je ne sais pas combien de temps je mets, c’est très rapide. J’entends des voix qui me chuchotent les vers de mes poèmes. Je ne peux pas dire que je vis de ma plume mais elle me permet de voyager tout en restant moi-même.

Vous définiriez-vous comme une artiste engagée ?Non, je ne me considère pas comme une artiste engagée mais plus comme un écrivain innu qui essaie de protéger son futur et celui des autres. On peut dire que je suis une artiste engagée sur une route au service de mon prochain.

Les lycéens de Valin ont reçu une vraie leçon de vie durant cette rencontre. Ils sont sortis bouleversés et émerveillés par cette femme pleine de sagesse. Ils remercient Rita Mestokosho de leur avoir accordé deux heures de son temps ici à La Rochelle. Un grand bravo à elle pour sa vision du monde !

Jérémy et Dimitri pour l’article, Marilyne et Maëva pour le titre

Rita Mestokosho : la force d’une plume.

Vêtue de la tenue traditionnelle innue, Rita Mestokosho est venue rendre visite aux classes de seconde 12 et 14 du lycée Valin de La Rochelle pour le printemps des poètes, le 20 mars 2013. Une ambiance agréable régnait dans la salle. Pendant les deux heures, beaucoup d’échanges et de partages ont eu lieu. Rita Mestokosho a fait part de sa culture innue, de sa passion pour la poésie, de l’amour pour sa patrie et pour son environnement, tout cela en compagnie de sa sœur. Lors de cette fabuleuse rencontre, des élèves ont récité cinq de ses textes, ce qui a ému la poétesse.

Quel a été votre parcours, de votre enfance jusqu’à votre vie actuelle ?Il y a quatre chemins dans notre vie : le jaune, pour la naissance, le rouge, pour l’adolescence, le noir, pour l’âge adulte, et enfin le blanc, pour la sagesse des anciens. Je suis née dans un petit village du Québec , au bord de la mer, près du Labrador. J’ai grandi aux côtés de mes grands-parents, ma grand-mère comptait énormément pour moi, c’est ce que j’appelle mon guide spirituel, en quelque sorte, mon ange gardien. Dès mon plus jeune âge, j’ai été en contact avec la forêt, les arbres, l’eau et la rivière. Je suis partie à la découverte de cultures, de nouvelles personnes et de nouveaux lieux ; il n’y avait pas de frontières, ce qui me donnait ce sentiment de liberté. Mon enfance est encore un moment très présent pour moi dans ma vie d’adulte. Je suis issue d’une famille nombreuse, composée de 7 filles et 2 garçons. J’ai commencé l’école à l’âge de 4 ans, j’ai poursuivi mes études jusqu’à l’université : j’avais soif de culture, je voulais apprendre encore et encore ! J’ai alors arrêté mon parcours à la venue de mon premier enfant. Chez moi, je suis chef de ma communauté, et surtout mon premier rôle est celui d’être mère. Mais je continue d’apprendre lors de mes voyages.

Etes-vous pour ou contre le progrès dans le monde ?
Je crois que nous devons avancer, mais pas trop vite, pas de manière accélérée, on ne contrôle pas tout. Il y a des choses mystérieuses qu’il ne faut pas chercher à comprendre. La naissance d’un enfant reste pour moi un de ces mystères. Je suis pour les technologies, sans trop en abuser, sans que cela nous envahisse, car je suis beaucoup dans l’humain et dans le relationnel. Je pense que le grand monde se situe dans le coeur et que la terre a un grand pouvoir.

Qu’appelez-vous le Grand Esprit ?Le Grand Esprit, c’est vous, c’est moi, c’est nous tous réunis, car nous sommes tous dans le jardin de la terre. La poésie est un don du Grand Esprit.

Etes-vous une artiste engagée ?Je ne suis pas une révolutionnaire, j’ai choisi la poésie, parce qu’elle est beaucoup plus paisible. Je fais de la politique, mais je trouve que c’est un langage qui ne change pas les vraies choses ; pour moi, ce sont les artistes qui peuvent changer le monde, car l’art est une forme de guérison. Et, oui, je suis engagée sur une route, par amour pour mon prochain. Nous devons améliorer beaucoup de choses dans le monde dans lequel on vit. Pour les Innus, la chasse au caribou devient difficile car le gouvernement le repousse vers la région du Labrador où il est interdit de le chasser car sa population diminue ; mais c’est la chasse sportive qui en est la cause, non la pratique des Innus qui ne prélèvent que ce qu’il faut pour survivre.Des hommes de mon peuple se font arrêter pour cela, ce qui réveille mon âme guerrière. Des barrages sont installés sur les rivières, ce qui réduit aussi la quantité de saumon... Ceux qui se comportent ainsi méconnaissent le territoire, alors que les Innus sont très proches de la nature...Mais les Québécois et les Canadiens commencent eux aussi à se réveiller, ce dont témoigne le mouvement "Idle no more".

Qu’est-ce qui vous donne toute cette force pour avancer dans la vie ?
C’est de croire que demain existe, c’est de voir des enfants aimer la vie.

Quel est votre souhait le plus cher ?C’est de voir les gens heureux et libres surtout.

Durant la rencontre, Rita Mestokosho a lu un de ses poèmes en innu et en français. Avant de prendre une photo avec les deux classes du lycée Valin entourant une banderole du mouvement "idle no more", Rita Mestokosho a interprété une chanson en innu et sa soeur a montré un clip vidéo de son fils qui fait de la musique. Ensuite, elles sont allées voir l’exposition réalisées par les élèves, au CDI.

Océane L. et Kloé pour l’essentiel de l’article, Célia et Adèle, Estelle et Clara, Héloïse et Thomas, pour quelques compléments, Kelly et Virginie pour la fin.




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