Quand un élève parle de son parcours théâtral au lycée...

jeudi 3 juillet 2014
par  Stéphane JACOB

Je me demandais l’autre jour pourquoi j’avais voulu faire du théâtre. Bien sûr, je sais que l’envie m’a notamment été donnée lorsque je me suis rendu aux journées portes ouvertes du lycée, où les profs et quelques élèves présentaient l’option autour d’informations et d’un training. L’idée me trottait déjà dans la tête … et cela l’a confirmée. Mais la question en fait, c’est : qu’est-ce qui m’a vraiment attiré ? Quel charme le théâtre opère-t-il sur moi pour me donner à ce point envie d’en faire ?
J’ai fait il y a longtemps une année de théâtre chez un particulier, une dame qui a monté avec nous Azur et Asmar. Je ne garde que peu de souvenirs de cette année là. Si ce n’est l’enthousiasme de monter cette pièce. Le sentiment de cohésion, d’amitié avec le groupe. Et les beaux décors qui avaient été créés ensemble avec son mari. Des décors peints sur de grands panneaux.

Je pense que c’est d’abord simplement le plaisir de la création. Le plaisir de participer à une création artistique, de s’unir au reste du groupe pour donner vie à une œuvre. Et le plaisir de raconter une histoire. Moi qui lis depuis tout petit, qui ai à mon tour voulu raconter des histoires en écrivant et qui, enfant, jouais aux Playmobil des heures pour raconter … c’est sans doute cela aussi qui m’a motivé.
Mais c’est aussi celui d’appartenir à un groupe. Retrouver les plaisirs de cette seule et lointaine année de théâtre dont je garde étonnamment peu de souvenirs et intégrer un groupe, créer des liens, créer ensemble, appartenir à quelque chose dont je serais sans doute fier.
En cherchant à décrypter cette attirance, c’est cela qui est sorti …

Mais ce que j’ai découvert alors, c’est plus, bien plus que ce que j’imaginais.
Ma première année de théâtre, c’était en facultatif. C’était avec quelques secondes et des premières. C’était mes débuts et c’était encore timide, hésitant, incertain. Mais c’était déjà le plaisir de jouer, l’adrénaline de la représentation, c’était être ensemble, derrière le rideau, à attendre d’entrer sur scène … à rentrer en soi et en son personnage. C’était déjà tout ça et c’était bon et finir cette année a été un déchirement.
Alors je me suis inscrit en spécialité théâtre. Et je garde de ces deux années un souvenir rayonnant. Exagération, hyperbole ou juste un adjectif pour enrichir ce texte ? Non. Je suis sincère. Parce que ces trois années de lycée ont été intenses. Et parce que ces deux années de théâtre ont contribué à m’épanouir. Et parce que cette dernière année a été rayonnante.

J’ai découvert que le théâtre n’est pas seulement apprendre un texte, le dire. C’est tellement plus difficile que cela.
Le théâtre c’est le corps. Le maîtriser, jouer avec, lui faire sentir l’émotion pour qu’il l’exprime. Le théâtre redonne vie à notre corps et l’imprègne d’une flamboyante énergie, d’une étonnante force dans la fragilité de sa sincérité. Le théâtre est acteur au même titre que notre voix, les mots, les sentiments.
Le théâtre c’est la voix. La porter pour qu’elle déploie son immense richesse. Jouer d’elle comme d’un instrument. Comprendre les nuances, les dissonances, les subtilités, sa mélodie, son rythme. En faire son arme la plus puissante. Une arme d’une grande douceur. Le plus grand atout du comédien, la voix l’éclaire de sa présence. Et quand elle s’endort. Quand le silence vient l’habiter. Quand elle disparaît c’est sans abandonner son intense pouvoir.
Le théâtre c’est l’un et l’autre, l’un dans l’autre au service de l’émotion. La pièce, le personnage. L’acteur. Corps et voix s’unissent dans l’interprétation d’un texte. La tension des deux crée un univers propre à chaque personnage … et à chaque comédien.
Je ne crois pas que l’acteur disparaît dans le personnage. Chaque acteur donne au personnage un fragment de ce qu’il est, s’en détache, l’arrache à lui-même avec difficulté mais c’est un acte splendide. Et si peu facile. Là réside dans doute le plus grand obstacle à la présence sur scène. Comment habiter un personnage ? Comment lui donner vie ? Donne, acteur. Donne ce qu’il y a en toi, ce que tu comprends du personnage, ce que tu veux transmettre, ce que tu veux montrer de cet être de papier pour qu’il devienne être de chair et de sang et de voix.
Ô travail difficile. Talent encore si loin, j’ai l’impression, de mes quelques prestations. Plus proche qu’avant sans doute, car je suis conscient de mon évolution. Talent qui fait briller mes yeux de spectateur.

Car j’ai découvert cette année. Ces trois ans. Des pièces de théâtre bouleversantes, éclatantes d’émotion et de sincérité. Des spectacles d’art de la piste tourbillonnants et brillants de beauté. Des danseurs et danseuses ne faisant plus qu’un avec leur corps, fougueux, doux, saisissants. J’ai découvert tant de mondes, de pièces, de textes, de spectacles, d’univers différents. Tant de prestations diverses, d’esthétiques variées, d’idées innombrables. J’ai découvert l’art de la scénographie. Fascinant, passionnant, profond, infini. J’ai découvert des métiers, des choses nouvelles, des ovnis spectaculaires.
J’ai rencontré des artistes tous si différents et enrichissants. J’ai rencontré des acteurs, des metteurs en scène, des artistes, j’ai parlé, discuté, échangé. J’ai rencontré des gens formidables qui ont chacun éclairé le comédien et la personne que je suis. Plus ou moins. Par leurs mots, leurs idées, leurs créations.
Bien sûr tout n’a pas été brillant et exceptionnel. Des spectacles m’ont déçu, ennuyé, plus ou moins plu. Des personnes sont parfois moins accessibles, disponibles, intéressantes. Des rencontres ont quitté ma mémoire sous l’épaisseur de tout le reste.
Mais ce qu’il ressort, c’est une image irisée, incandescente. Le bonheur d’avoir vécu tout ça. Tant en si peu de temps. Comme un éblouissant et intense tunnel par lequel j’aurais été happé et soudain soufflé.
Je n’ai jamais regretté une seule fois les choix que j’ai faits dans mon orientation au lycée. Je ne les regretterai jamais.

Et finalement, je crois apercevoir ce qui m’a tant séduit dans le théâtre. Ce qui m’attire. Ce qui est peut-être bien plus inaccessible que tout le reste. Et pourtant si bon. Je ne connais pas de meilleur endroit qu’une salle de théâtre pour le lâcher prise. Pour se laisser aller. Pour retrouver un sentiment perdu. Celui de l’abandon. Des apparences, du sentiment de ridicule, des règles de la société, l’abandon des rapports parfois maladroits et difficiles, l’abandon de l’attention constante du jugement des autres. Le théâtre a beau avoir parfois des ambitions réalistes, je suis sûr pourtant qu’il doit rester un extraordinaire espace de vie hors du monde réel … ou en tout cas, comme le veut si justement Joël Pommerat : « rendre le réel à un plus haut degré d’intensité ».

Pendant trois ans et de plus en plus, j’ai vécu le réel à un plus haut degré d’intensité, accompagné d’un professeur passionné et adorable, et de, en tout, 15 autres apprentis comédiens qui m’ont fait connaître l’immense plaisir de jouer, l’immense plaisir d’un travail d’équipe d’accomplissement. Une petite troupe qui m’a fait connaître l’infini bonheur d’être sur le plateau et, dans l’élan passionné de notre création, ressentir ce que veut dire le mot « ensemble ».

Eternellement lumineux et réconfortants sont les souvenirs que ces deux dernières années de théâtre, un professeur et quinze jeunes comédiens gravent en moi.

Nathan LEVEQUE, Terminale L2

SOURCE : http://eveil-theatre.blogspot.fr


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