Les lycéens de Valin à l’écoute de Gaëlle Josse

dimanche 5 février 2017
par  Ingrid GHILARDINI

Soutenue par la région Nouvelle-Aquitaine et le lycée Valin, l’association LEAR a invité la romancière Gaëlle Josse à s’entretenir avec les élèves de seconde et de première L du lycée Valin.
Voici deux articles rédigés par quatre lycéennes de première L2 qui vous permettront de mesurer la richesse de cette rencontre.

Gaëlle Josse, l’Art et l’émotion

Quelles sont vos principales sources d’inspiration ?
Je n’écris pas à partir d’une simple idée, je souhaite toujours trouver une part d’intime dans mes romans. Lorsque j’écris c’est d’abord un déclencheur émotionnel qui amène une image. Je pense qu’il faut avant tout se laisser surprendre par ce qu’on écrit. Je me souviens qu’un de mes livres, Le dernier gardien d’Ellis Island, est venu suite à la visite de l’île qui a provoqué en moi un véritable bouleversement intérieur que j’ai voulu retranscrire dans mes mots.

Est ce que ce choc émotionnel qui a provoqué un besoin d’écrire s’est transformé en besoin de partager ?
C’est une grande interrogation. Est-ce que finalement on écrit pour soi ou pour être lu ? Je dirais que mon premier roman est né grâce à un choc émotionnel face à un tableau. Pendant deux ans, je n’ai pas cherché à le partager avec les autres. Puis, après m’être décidée à le publier, lorsque j’ai vu qu’il existait une réception de la part du public, ma vision d’auteur a changé. Désormais, le partage de mes œuvres prend une réelle importance dans mon envie d’écrire.

Vous parlez d’un tableau, qui a provoqué votre envie d’écrire. Quelle place prend l’Art dans votre travail ?
L’Art m’a toujours accompagnée même avant l’écriture. J’ai une fascination particulière pour la musique. C’est un art que je trouve très brut, très émotionnel, presque tactile. C’est quelque chose d’une puissance rare.

Que représentent les mots pour vous ?
Selon moi, lors de l’invention d’un personnage, je dois trouver les mots justes pour le rendre crédible. Ainsi j’essaie de capter sa voix, sa musique intérieure dans un long travail mental où le personnage s’élabore. Comme le personnage tourmenté de Sophie dans Nos vies désaccordées, un personnage auquel je me suis beaucoup attachée. Je me sens, en effet, très proche de ce personnage assez singulier.

Justement, pourquoi avoir choisi de clore ce roman avec une fin ouverte ? Comprenez-vous que certains de vos lecteurs se disent frustrés en refermant ce livre ?
Je remarque que j’utilise très souvent une fin ouverte dans mes livres. J’estime qu’un personnage a sa propre vie et lorsque je le quitte je ne sais moi-même pas ce qui lui arrivera. Laisser une fin ouverte permet d’être plus proche de la réalité. J’ai donc un faible pour les fins ouvertes. Mais étant personnellement une grande lectrice, je comprends ces frustrations dont vous parlez. Pourtant, je pense primordial de laisser une place à l’imagination du lecteur.

Clara & Margot

Gaëlle Josse ou la musique de l’écriture

Pourquoi avez-vous commencé à écrire, et qu’est-ce qui vous a poussée à publier vos œuvres ?
Je ne sais pas s’il y avait vraiment une raison. Ce n’est pas une raison, c’est plutôt une nécessité d’exprimer quelque chose par écrit. Mais ma première histoire, Les heures silencieuses, a dormi pendant deux ans dans mon ordinateur. Je la voyais tous les matins en allumant ce dernier, puis un jour, je me suis dit, « allez, pourquoi pas ? », et je l’ai envoyée à six éditeurs par la poste. Et j’ai eu la chance que, deux jours plus tard, l’un d’entre eux me rappelle, à dix heures du soir, un peu comme un cadeau de Noël.

En parlant de l’édition, comment se passe le choix du titre ainsi que de la couverture. Y a-t-il entente commune ?
Moi j’ai la chance de bien m’entendre avec mon éditrice, qui respecte assez ma vision du livre sans lui imposer trop de modifications. Il arrive qu’on ne garde pas mon titre de travail, comme pour Les heures silencieuses, qui ne s’appelle pas comme le document d’origine. Il arrive aussi que, comme pour Le dernier gardien d’Ellis Island, le titre originel soit conservé. Mais la plupart du temps, le choix du titre et de la couverture se fait en collaboration avec mon éditrice, et sur plusieurs journées de discussion intensive.

Combien de temps vous prend l’écriture d’un roman ?
C’est long, en général un an et demi, voire deux ans. Il y a d’abord l’idée générale, puis toutes les recherches pour construire l’histoire et les personnages, la première écriture, puis toutes les relectures et réécritures qui s’ensuivent. J’imprime en général mes romans une fois, je corrige, je retape, je réimprime, et ceci une quarantaine de fois au moins. Puis, j’envoie mon travail à la maison d’édition, qui le corrige à son tour et me le renvoie. J’avoue que lorsque je finis un roman, je me sens plutôt soulagée. De plus, je ne peux pas vraiment vous dire que telle ou telle œuvre sortira à telle date, car je ne m’impose pas de discipline pour écrire, j’écris à l’envie, quand l’inspiration me vient, ce qui peut prendre trois jours comme trois ans… ! Si j’essaye de me forcer à écrire, les écrits sont souvent vides et ne me plaisent pas.

Mettez-vous une part de vous-même dans vos romans ?
Toujours. Souvent, je crée des histoires fictives à partir d’émotions réelles. Je pars toujours d’un choc, d’une émotion intense pour commencer mes romans. Un jour, j’ai demandé son avis à ma cadette sur l’un de mes romans. Elle m’a regardée avec des yeux ronds et m’a répondu que c’était très étrange, qu’elle avait l’impression de savoir ce qu’il se passait dans ma tête. Cela m’a fait beaucoup rire. Mais même si je mets de mes émotions dans mes romans, je ne crée jamais de personnage autobiographique. Mes personnages sont toujours fictifs.

Il y a dans vos romans une certaine poésie, un certain rythme. Que représentent les mots pour vous ?
Chaque livre, chaque personnage, chaque sujet a selon moi sa propre musique, et ses propres mots. J’essaye de trouver le rythme, la musique, et la voix de chaque personnage. C’est ce qui fait la crédibilité et la justesse de mes histoires. C’est tout un travail mental durant lequel le personnage s’élabore, on capte alors sa voix, et on tente de la retranscrire du mieux qu’on peut.

Maïra et Rachel pour le texte, Paco et Baptiste pour le titre


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