Zeina Abirached à Valin

lundi 6 mars 2017
par  Ingrid GHILARDINI

JPEG - 374.5 ko Vendredi 10 février, les classes de première S2 et de L1 ont eu l’occasion de rencontrer Zeina Abirached lors d’une conférence organisée par l’association LEAR, soutenue par la région Nouvelle-Aquitaine et le lycée Valin. Au cours de cette rencontre, les élèves ont pu en apprendre plus sur cette auteure de bandes dessinées. Quatre lycéens de première S2 rendent compte de cet échange sous forme d’interviews.

Zeina Abirached : une vie devenue oeuvre

Qu’est-ce qui inspire votre travail ?
Comme vous avez pu le constater dans mes ouvrages autobiographiques, je suis née à Beyrouth Est en 1981 durant la guerre civile. Cela a été un élément fondamental dans ma vie et c’est ce que je retranscris dans mes écrits. J’avais et j’ai toujours le besoin de parler de cette guerre dans laquelle j’ai grandi, une guerre effacée de toutes les discussions et camouflée par la reconstruction de la ville. Détruire le tabou et me remémorer mon enfance, là, était mon but.

Pourquoi avez-vous quitté le Liban ?
On ne peut pas dire que j’ai réellement quitté le Liban, ce n’était pas un choix mais une nécessité si je voulais être éditée. De mon pays natal il m’était impossible de trouver un éditeur, mes demandes étaient rejetées ; il fallait donc que je me rende en France comme me l’avait conseillé ma professeur d’art afin de montrer ma détermination face aux éditeurs. Partir m’a aussi permis d’avoir un autre regard sur mon vécu et de nourrir mon écriture. Mais le Liban reste pour moi le pays de mes origines, j’y retourne d’ailleurs plusieurs fois par an pour rendre visite à ma famille et me ressourcer.

Votre intégration en France a-t-elle été difficile ?
Que dire, il m’a d’abord fallu trier les deux langues que j’avais pourtant l’habitude d’associer au Liban, puis face aux préjugés j’ai dû utiliser l’humour ce qui n’a pas toujours été facile comme lorsque j’ai pris connaissance de l’expression « C’est Beyrouth » ce qui signifie le désordre ; que ma ville natale soit associée au désordre m’a quelque peu émue.

Pourquoi avoir choisi la bande dessinée en noir et blanc pour vos œuvres ?

Le noir et blanc m’a toujours interpellée, lorsque j’étais plus jeune, plusieurs œuvres telles que des livres, des dessins, des films ou bien des peintures en noir et blanc m’ont fascinée puis influencée par la suite, consciemment ou inconsciemment. Le travail sans couleur permet de faire ressortir l’image ainsi que les idées qui peuvent être interprétées de différentes façons selon le lecteur. L’utilisation des fonds noirs me permet de faire ressortir le dessin de l’obscurité et de jouer avec les codes. C’est pourquoi le dessin est d’après moi un moyen universel et efficace pour faire passer un message.

Votre dessin à l’apparence simpliste ne cache-t-il pas un souci du détail malgré tout ?
Il est vrai ! Pour mes dessins dans Le Piano oriental, j’ai effectué de nombreuses recherches quant à l’apparence de la ville dans les années 1960. Je voulais représenter cette ville telle qu’elle était dans les moindres détails. Je suis même allée jusqu’à chercher pour la façade du cinéma le nom des films qui y étaient affichés pour nous plonger dans la même atmosphère.

Pour finir, comment définiriez-vous votre identité ?
Pour moi, mon identité est liée à ma langue maternelle, je suis donc d’après moi française autant que libanaise, je ne fais pas de distinction, je ne suis pas l’une ou l’autre je suis les deux à la fois.

Néis et Lucie pour le texte, Marie et Ioana pour le titre

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Zeina Abirached : une enfance en images

Vos origines ont-elles influencé votre travail ?
Durant mon enfance à Beyrouth, j’ai connu la guerre civile et surtout la séparation de ma ville en deux. Ainsi, mon rapport à l’espace a été sûrement impacté par cette situation qui se ressent dans mes œuvres. En effet la liberté prise avec la mise en page dans les planches témoigne d’un rapport à l’espace particulier. La reconstruction de ma ville a été une période de trouble dans ma vie car tout ce que j’avais connu disparaissait. Le fait que la presse ne fasse aucun article au sujet de la reconstruction ou même de la guerre était d’autant plus troublant car cela insinuait que tout ce qui s’était passé n’avait jamais eu lieu. Tout le monde était au courant, mais personne n’en parlait publiquement. Ainsi mon histoire devint une source d’inspiration, j’avais besoin de l’exprimer dans mes œuvres.

Est-ce que vous vous sentez toujours aussi partagée entre vos deux pays ?
Oui, je me sens appartenir aux deux pays et ma vie est partagée entre ces deux territoires. Je ne pense pas devoir faire un choix et je n’éprouve aucune préférence entre mes deux pays. Je ne vois pas pourquoi tout le monde voudrait que l’on ait à choisir entre les deux pays dans lesquels on a vécu. Je trouve cela sans intérêt :j’aime les deux pays et ne veux pas avoir à choisir entre les deux. Pour moi, une langue n’est pas privilégiée par rapport à l’autre, elles sont toutes deux aussi importantes, même si l’arabe me paraît plus intime.

En quelle langue pensez-vous ?
Je pense avec les deux langues, je ne fais pas vraiment de distinction et j’ai même tendance à les mélanger. Par exemple, dans une même phrase, il est fréquent que je commence en français et que je finisse en libanais. Au Liban, ce genre de mélange de langue est fréquent à tel point que l’on croirait que c’est une langue différente du français et du libanais.

Pourquoi avoir choisi de faire vos BD en noir et blanc ? Comment effectuez-vous vos dessins ?
Je n’ai pas vraiment d’explication, je trouve le noir et blanc plus approprié et cela me permet de faire comprendre si l’illustration est un souvenir lointain ou plus précis selon si le fond de la planche est noir ou blanc. Cela a également un côté pratique, en effet je n’ai pas besoin de réutiliser à chaque fois des nuances de couleurs. Même si j’utilise des nuances de gris etc., ce n’est pas grand-chose comparé à l’emploi des couleurs. Ainsi j’alterne souvent entre le dessin manuel et l’ordinateur. L’avantage de l’ordinateur est qu’il me permet de recopier un grand nombre de fois le même dessin beaucoup plus rapidement qu’à la main.

Combien de temps mettez-vous pour faire un album ?
Cela est difficile à dire... un album peut me prendre beaucoup de temps, comme Le Piano oriental, pour lequel j’ai dû effectuer des recherches dans des archives pour le décor avant la reconstruction de Beyrouth et aussi pour avoir plus d’information sur mes ancêtres. J’ai composé cinq albums autobiographiques, mais je tends à m’en détacher, le prochain ne l’est plus. Ce qui compte c’est le plaisir immense que je prends à travailler.

Bilal et Samuel pour le texte, Lucas et Mathieu pour le titre


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