Salah Al Hamdani au lycée Valin

mardi 8 janvier 2019
par  Ingrid GHILARDINI

Le mardi 4 décembre, l’association Lear a invité le poète Salah Al Hamdani à rencontrer des lycéens de seconde et de première au lycée Valin, en partenariat avec Nedjma.
La classe de seconde 10 a participé à cet échange, et rédigé des articles rendant compte de cette entrevue.

L’incroyable vie de Salah Al Hamdani

Pourquoi êtes-vous venu en France ?
Tout d’abord, quand je n’étais qu’un jeune soldat irakien, j’ai sauvé des enfants kurdes que l’on torturait pour leur soutirer des informations, j’ai donc été déclaré traître à ma patrie, dirigée par Saddam Hussein, et me suis retrouvé en prison. C’est là que j’ai appris à lire et écrire , grâce aux prisonniers politiques que j’ai côtoyés. Et, la nuit, dans ma cellule, j’entendais une voix chuchotant de belles phrases que je ne comprenais pas. J’ai découvert dans un premier temps les poèmes grâce à ce camarade qui murmurait des textes dans son sommeil. Quand j’ai été libéré, il m’a fallu fuir pour échapper à une mort certaine car j’étais inscrit sur la liste noire des traîtres. Et je suis en France grâce à Albert Camus, l’auteur qui a bouleversé ma vie. J’ai toujours imaginé que le pays d’un auteur magnifique devait l’être aussi, et je ne me suis pas trompé. L’oeuvre qui m’a le plus touché est Le mythe de Sisyphe dont je conseille fortement la lecture.

Comment êtes-vous arrivé ici ?
Mon voyage vers la France a été très dur mais, en ce temps-là, nous n’avions pas besoin de papiers pour aller d’un pays à un autre. Je suis allé de Bagdad à Damas, puis Istanbul où j’ai pris le train. Quand je suis arrivé à Paris, j’ai pu m’inscrire dans une université qui s’appelait « Paris VIII », en 1976. J’ai appris à parler français tout en poursuivant mes études, et en travaillant, par exemple en tant que caissier dans un supermarché.

Quelles relations entretenez-vous avec votre famille suite à votre exil ?
J’ai repris contact avec ma mère trente ans après, suite à un appel de sa part, en 2004, me demandant ce que j’attendais désormais pour venir la voir. Lorsque je suis retourné là-bas, rien n’avait changé, sauf l’absence de mon père qui était décédé pendant ce temps. J’ai écrit de nombreux poèmes pour ma mère mais, étant restée illettrée, elle n’est pas sensible à mon parcours d’artiste.

De quoi êtes-vous fier et avez-vous des regrets ?

Je suis très fier de mon parcours. Lorsque je suis invité à des conférences devant des jeunes qui éprouvent du plaisir à m’écouter, je m’en sens honoré. Je n’ai pas vraiment de regrets mais si je devais en citer un, ça serait ne pas avoir été scolarisé durant mon enfance en raison des moyens financiers très réduits de ma famille. Mon père était ouvrier et ma mère femme au foyer. Dès mes 8 ans, j’ai commencé à travailler sur un marché, et je devais ramener une petite somme, sinon mon père ne me laissait pas rentrer chez moi.

Quelles sont vos sources d’inspiration pour écrire vos poèmes ?
Je n’ai pas de sources d’inspiration précises. J’écris sur le monde qui m’entoure, sur ce que je vois, sur les gens. Je considère qu’un poète écrit sans thèmes précis. Toute personne qui a du sentiment peut écrire des poèmes. Mais c’est toujours une responsabilité, car les mots peuvent être blessants. Je m’approprie le monde et je pousse les gens à s’approprier les choses. Parfois, je m’inspire d’artistes qui m’ont profondément touché. On n’écrit pas sans lire. L’écriture de l’autre nous emmène vers l’ailleurs. Mais je suis surtout un homme engagé. Tout ce que je vois m’appartient, et, au quotidien, lorsque des mots m’interpellent, je les note dans un dossier nommé « le cimetière des mots », et, ainsi, quand l’envie d’écrire me prend, j’ouvre ce dossier, je fais mon choix, et je souffle la vie dans les mots.

Article de Margot et Théa, avec la contribution d’Anaïs, Maëly, Leandro, Marjorie, Thaméra, Erine, Alexis, Pauline.

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