Schengen, les frontières de l’Union européenne et la pandémie de Coronavirus

jeudi 16 avril 2020
par  Jean-Louis BONNAFOUS

Schengen, les frontières de l’Union européenne et la pandémie de Coronavirus.

Les élèves de la spécialité HGGSP se sont interrogés sur la situation actuelle en lien avec leur programme, notamment sur les frontières. Une analyse géopolitique de Lola Fuseleau (PG3), Alice Vantalon (PG3) et Mathias Soldati (PG6)

“Désormais l’espace Schengen n’existe plus, on s’en souviendra dans les livres d’histoire” s’exprimait Luca Zaia le gouverneur de la Vénétie, l’une des régions les plus touchées d’Europe par le covid-19. En effet, après avoir contaminé une partie de la Chine et de l’Asie, le virus est maintenant très présent en Europe qui est devenue l’épicentre de l’épidémie. Aujourd’hui l’un des moyens qui semble le plus efficace pour contrer le virus est de limiter les contacts humains et donc les déplacements. Un concept qui semble compliqué à respecter dans l’espace Schengen. Alors quelles sont les répercussions du covid-19 sur l’espace Schengen et ses frontières ? [...]
L’Article 2 de la Convention d’Application des accords de Schengen du 14 juin 1985 stipule que « Les frontières intérieures peuvent être franchies en tout lieu sans qu’un contrôle des personnes soit effectué. ». L’espace Schengen est né. Mais depuis sa création, l’espace ainsi que les frontières externes de l’UE sont mis à l’épreuve, une première fois en 2015, lors de la crise migratoire et aujourd’hui, en 2020, avec la propagation d’un nouveau coronavirus. [...]
Le « code frontières », nom donné à la classification des règles concernant l’entrée et la sortie des personnes du territoire de l’UE, stipule dans l’article 23 que les frontières internes peuvent être réintroduites de manière temporaire sous certaines conditions. L’État le souhaitant, doit invoquer « une menace grave pour l’ordre public ou la sécurité intérieure » et peut réintroduire ses frontières durant un délai de 30 jours ou plus si la durée de la menace est supérieure. Ces règles autorisent donc des restrictions à la libre circulation. Pour la première fois, des États l’invoquent au nom du risque sanitaire.
Ainsi, plusieurs pays de l’espace Schengen ont pris des mesures, mais celles-ci diffèrent.
Certains ont fermé leurs frontières terrestres à l’image de la Hongrie ou de l’Espagne. D’autres comme la Moldavie ont bloqué la majorité des points d’entrée et d’autres encore comme l’Autriche n’ont fermé que certaines portions de leurs frontières en contact avec des zones à risques. L’Allemagne a opté pour des contrôles sanitaires. La gestion des frontières est, en effet, une compétence nationale. Mais l’Union déplore ces actions désordonnées, unilatérales et la présidente de la Commission, Ursula Von der Leyen, appelle le lundi 16 Mars à une fermeture des frontières extérieures de l’UE. Le 17 mars, cette fermeture d’une durée initiale de 30 jours, a été approuvée par l’ensemble des dirigeants des pays membres de l’UE par vidéoconférence. A cette décision, s’ajoute la future mise en place de corridors de circulation rapide afin de faciliter la circulation de la nourriture et de médicaments.
Mais, cette crise et sa gestion ont plusieurs conséquences. Premièrement, les actions désordonnées et unilatérales des États européens mettent à mal la coordination, la libre circulation et la solidarité européenne, valeurs centrales de sa construction. Ce manque d’entente a aussi provoqué des embouteillages au niveau des frontières empêchant la bonne circulation des marchandises cruciales en ces temps de crise. Mais cette crise peut aussi être l’occasion d’un repli nationaliste pour certains États et d’un retour de la xénophobie. Les partis eurosceptiques peuvent ainsi s’appuyer sur la situation pour mettre en avant leur idéologie. De plus, l’UE ainsi que les États se retrouvent critiqués pour leur gestion de la crise estimant que les frontières auraient dû être fermées plus tôt ou n’ont plus réellement de sens car l’Europe est désormais l’épicentre de l’épidémie.
La pandémie du Coronavirus vient donc bouleverser l’UE et Schengen ainsi que la vision d’une Europe solidaire et prônant la libre circulation. [...] On assiste alors à un processus de
refrontiérisation , du jamais vu depuis 2015. Cela montre que les frontières internes de l’Union
Européenne et au sein de l’Espace Schengen sont mises à rude épreuve par la pandémie. Cela remet en cause le principe de libre circulation en raison du manque de concertation. L’espace Schengen et l’Union européenne garderont-ils les contrôles aux frontières mis en place pendant la pandémie ?
[...]
Tandis que la présidente de la Commission européenne déclare que l’Union sortira plus forte de la Crise du Covid-19, Jacques Delors, l’ancien président de la Commission (1985-1995) et artisan de l’UE , estime que « Le climat qui semble régner entre les chefs d’État et de gouvernement et le manque de solidarité européenne font courir un danger mortel à l’Union européenne”.


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