Point sur l’épidémie à E.coli O104:H4

Au 07 juin 2011
mardi 21 juin 2011
par  Sabrina BELLIOT

Escherichia coli est une bactérie appartenant à la famille des Enterobacteriaceae. Il s’agit d’un micro-organisme que l’on isole dans les flores humaines. Il représente environ 80 % de la flore aérobie intestinale.

Escherichia coli est un banal saprophyte. Il est aussi un pathogène indiscutable, responsable d’infections intestinales et extra-intestinales.

En pathologie intestinale, de nombreux sérotypes de E. coli sont responsables de diarrhées et de manifestations cliniques variées. Parmi les différents pathotypes, celui responsable de l’épidémie en Allemagne est connu pour entraîner différents tableaux cliniques à type de diarrhée bénigne, de colite hémorragique, de syndrome hémolytique et urémique (SHU), de purpura thrombocytopénique thrombotique. Chez les sujets jeunes, 3 % à 5 % des cas évoluent vers la mort. Les premiers signes cliniques apparaissent après une période d’incubation de 3 à 4 jours (entre 1 et 30 jours).

Le syndrome hémolytico-urémique est de préférence observé chez l’enfant de moins de 15 ans. Les critères biologiques associés sont une anémie hémolytique micro-angiopathique (hémoglobine <10 g/100mL ou schizocytose > 2 %) associée à une insuffisance rénale (créatininémie > 60 μmol/L si âge < 2 ans ou >70 μmol/L si âge > 2 ans). L’incidence de ce syndrome en France est de 0,91/100.00 (0,57/100.000 en Allemagne).

Ce qui caractérise l’épidémie principalement observée dans les régions de Hambourg et de Lübeck est le nombre élevé de patients présentant un syndrome hémolytico-urémique. La souche responsable appartient au sérotype O104 :H4. Elle est dénommée HUSEC041 et avait déjà été isolée en Allemagne en 2001. Elle a la particularité de produire une toxine de type Shiga dont les gènes stx2 et iha sont positifs. Les gènes stx1 et eaeA ne sont pas détectés. Le plasmide de virulence entéro-aggrégatif EaggEC est présent et complet. Un cas clinique avec a été décrit en Corée du Sud en 2006.

Le typage moléculaire de la souche par technique MLST est le suivant : ST678 (adk 6, fumC6, gyrB 5, icd 136, mdh 9, purA 7, recA 7).
(Prof. Dr. H. Karch ; Konsiliarlaboratorium für Hämolytisch-Urämisches Syndrom (HUS) Institut für Hygiene am Universitätsklinikum Münster Robert-Koch-Str. 41, 48149 Münster).

Un laboratoire chinois (BGI-Shenzhen) vient de publier la séquence complète d’une souche allemande isolée en 2011 : http://www.genomics.cn/en/news_show...

La source de l’infection n’est actuellement pas connue. Les légumes ont été les premiers incriminés (concombres, salades, tomates, pousses de maïs).

Les travaux de recherche sur cette bactérie sont rares. Ce que l’on sait pour le sérotype O157 :H7, le plus fréquemment responsable de SHU, est que la bactérie peut être isolée sur les feuilles des légumes mais aussi à l’intérieur des légumes grâce à un mécanisme d’internalisation de la bactérie. Ce qui est certain, c’est que ces sérotypes responsables de SHU sont présents physiologiquement dans l’intestin des animaux, qu’ils se retrouvent ensuite dans leurs déjections puis le fumier et les eaux de ruissellement. La chaîne alimentaire peut également être contaminée lors de l’abattage des animaux.

La souche E. coli O104 :H4 est productrice d’une béta-lactamase à spectre étendu (CTX-M-15) et d’une béta-lactamase de type TEM-1. La différence majeure entre les souches de 2001 et 2011 est la présence de la béta-lactamase à spectre étendue. Les antibiotiques inactifs sont les suivants : ampicilline, co-amoxyclav, pipéracilline-tazobactam, cefuroxime-axétil, cefotaxime, ceftazidime, co-trimoxazole, acide nalidixique.
Elle est sensible aux pénèmes (imipénème, méropénème), aux aminosides (gentamicine, tobramycine, amikacine), à la ciprofloxacine, à la fosfomycine, au chloramphénicol.

Il est fortement déconseillé de traiter massivement par antibiotiques les sujets atteints sous peine d’aggraver l’état clinique du patient. En effet, la lyse bactérienne observée lors d’un traitement antibiotique entraîne la libération d’endotoxines bactériennes aggravant la symptomatologie.

La composition des amorces spécifiques permettant la détection d’E. coli O104 :H4 est téléchargeable à l’adresse suivante :
[http://www.ehec.org/pdf/Laborinfo_01062011.pdf]

Références
Askar, M., Faber, M. S., Franck, C. et al. 2011. Update on the ongoing outbreak of haemolytic uraemic syndrome due to Shiga toxin-producing Escherichia coli (STEC) serotype O104, Germany, May 2011. Eurosurveillance, vol. 16, issue 22.

• Bae, W. K., Lee, Y. K., Cho, M. S. et al. 2006. A case of hemolytic uremic syndrome caused by Escherichia coli O104:H4. Yonsei Med. J. 47:437-439.

• Case definition for HUS-cases associated with the outbreak in the spring 2011 in Germany.

• Characterization of EHEC O104:H4

• Erickson, M. C., Webb, C. C., Diaz-Perez, J. C. et al. 2010. Surface and internalized Escherichia coli O157-H7 on field-grown spinach and lettuce treated with spray-contaminated irrigation water. J. Food Prot. 73:1023-1029.

• Erickson, M. C., Webb, C. C., Diaz-Perez, J. C. et al. 2010. Infrequent internalization of Escherichia coli O157:H7 into field-grown leafy greens. J. Food Prot. 73:500-506.

• Gagliardi, J. V., Karns J. S. 2002. Persistence of Escherichia coli O157:H7 in soil and on plant roots. Environ. Microbiol. 4:89-96.

• Warriner, K., Spaniolas, S., Dickinson, M, et al. 2003. Internalization of bioluminescent Escherichia coli and Salmonella Montevideo in growing bean sprouts. J. Appl. Microbiol. 95:719-727.

• World Health Organization (WHO). EHEC outbreak in Germany.

Synthèse rédigée le 7 juin 2011


Article du 7/06/2011 de la SFM sur l’épidémie à Escherichia coli O104:H4 en Allemagne

Consulter les sites de la SFM ou de l’’INVS pour la mise à jour.


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