David Dumortier au lycée Valin

jeudi 27 mars 2014
par  Ingrid GHILARDINI

Dans le cadre du Printemps des poètes, en partenariat avec Larochellivre, avec le soutien de la Région et des lycées de la ville, LEAR a invité David Dumortier à venir rencontrer des élèves. Nous vous proposons de découvrir trois articles, écrits par des lycéens de seconde 14, qui visent à vous faire partager la richesse de cet échange.

Un poète pour le moins original

Le jeudi 20 mars 2014, les élèves de trois classes de seconde différentes du lycée Valin ont rencontré un poète nommé David Dumortier dans la salle de conférence du lycée. Les secondes 3 avaient préalablement appris un écrit de cet auteur, « Medhi met du rouge à lèvres », et l’ont récité tous ensemble pour lui souhaiter la bienvenue.

Depuis quand écrivez-vous et pourquoi vous être lancé dans la poésie ? J’écris depuis vingt-sept ans maintenant, mais je ne vis de l’écriture que depuis quinze ans. Petit déjà, j’avais dans l’idée de devenir poète, mais je ne pensais pas rencontrer un tel succès à ce moment-là ! (rires) J’ai toujours adoré la langue française et la lecture et détesté recevoir des ordres, et la poésie est un métier bien plus libre que les autres d’où mon choix.

Dans toutes vos œuvres, quelle est celle que vous préférez ? J’aime beaucoup « Medhi met du rouge à lèvres », que j’ai écrit pour les gens marginaux il y a huit ans grâce à la rencontre d’un petit garçon, mais aussi « Travesti » et « La pluie est amoureuse du ruisseau » car c’est mon dernier ouvrage, et en règle générale un auteur a toujours une préférence pour le dernier ouvrage qu’il publie !

Vous êtes vous inspiré de votre propre vécu pour écrire cette histoire de petit garçon qui attend sa mère à la sortie de la prison dans « Des oranges pour ma mère » ? Non, pour tout vous dire ma mère n’est jamais allée en prison, mais j’en ai visité et ai vu de nombreuses personnes séparées de leurs proches, c’est ce qui m’a inspiré pour ce poème. En revanche, ma grand-mère y a séjourné, mais je n’étais pas là pour la voir sortir.

Voulez-vous transmettre un message grâce à vos poèmes ? Non pas du tout, ce n’est pas mon but. Je pense que ce n’est pas mon rôle de dire aux gens ce qu’ils doivent ressentir ou penser, ils doivent le faire eux-mêmes. Lorsque je veux faire passer un message, je fais comme tout le monde, j’envoie un sms ! (rires)

Quelles sont vos références littéraires ? Je suis influencé par beaucoup de gens, en particulier par la littérature arabe car j’ai passé beaucoup de temps en Syrie, en Jordanie, en Egypte… Mais aussi par Jean Genet et Níkos Kavvadías.

Pour vous, que signifie le mot « Poésie » ? Pour moi, la poésie est éternelle, le temps passe mais les œuvres restent, tandis que tout ce qu’il y a autour peut disparaître. Je suis un inventeur d’objets, j’assemble les mots pour créer les textes, comme un artisan. La poésie c’est faire quelque chose avec rien, et gagner sa vie avec, c’est quand même scandaleux !

Garance et Léa

David DUMORTIER nous apprend l’art de la poésie

Le jeudi 20 Mars, les élèves de seconde 3, 9 et 14 du Lycée Valin ont eu la chance de rencontrer le poète David DUMORTIER. Ils avaient précédemment préparé des questions pour ce dernier, afin d’en savoir plus sur sa vie, ses poèmes, son inspiration, sa manière de vivre. Il a donc répondu avec franchise aux différentes questions posées, et appris aux élèves l’art de la poésie.

Vous êtes-vous inspiré de votre propre histoire pour « Des oranges pour ma mère » ? Non. L’inspiration ne veut rien dire pour moi. Ma mère n’a pas fait de prison.... mais ma grand-mère, si. Peut-être est-ce cela. Lisez et découvrez vous-mêmes ! Je ne suis pas inspiré. Du tout. Moi, je ne fais que travailler, je suis besogneux. J’écris mon brouillon, puis je fais mes recherches, je me corrige. Que du travail !

Pourquoi vous êtes-vous lancé dans la poésie ? Parce que je voulais être libre. Je n’aime pas être dirigé, recevoir des ordres. Parce que, on peut le dire, j’ai un mauvais caractère. [Rires]. Sinon, plus sérieusement, j’aime beaucoup la langue française. J’aimerais apprendre d’autres langues, je parle déjà couramment l’arabe. J’adore lire.

Combien de temps mettez-vous pour écrire un poème, en général ? C’est quelque chose qu’on ne compte pas, c’est comme si je vous demandais combien de sourires vous avez fait dans votre vie. Par exemple, pour écrire « Medhi met du rouge à lèvres », j’ai mis environ deux ans. Je l’ai corrigé 14 fois, en tout. C’est peu, par rapport à d’autres, normalement, je me corrige 60 fois. Pour avoir une chance d’être publié, il faut rendre un travail parfait. En effet, seulement 0,3 % des œuvres sont éditées. En tant qu’écrivain, il faut chercher la perle rare.

Quels messages voulez-vous transmettre dans vos poèmes ? Quels messages ? Il y a les sms, pour ça ! A vous de découvrir ! A chacun de ressentir ce qu’il a envie de ressentir, le but du poète n’est pas d’obliger le lecteur à ressentir tels ou tels sentiments. Le mot « livre » vient du latin « liber », qui a donné le mot « liberté » en français. Ces deux mots sont donc très proches.

Que ressentez-vous quand vous écrivez ? Du plaisir. Par le corps. Un peu comme… voilà ! [Rires] Il y a un certain plaisir érotique dans l’acte d’écrire. En plus, un poète est un travailleur manuel, comme un maçon. Il fait du concret.

Qui est votre poète préféré ? Je n’ai pas de poète préféré, j’en aime beaucoup, dont Níkos Kavvadías, Jean Genet…

Expliquez-nous comment vous avez défini le mot « vélo » dans Cligne-Musette ? Je fais un lien entre le signifié et le signifiant. D’un côté, le mot en lui-même, et de l’autre, la chose. Pour le mot « vélo », j’ai décomposé le mot pour former l’objet. Pour serpent, par exemple, on remarque que le « S » représente un serpent. On peut jouer également avec les sonorités.

Quels conseils pouvez-vous nous donner pour que poésie et école s’assemblent mieux ? On peut lire des petits poèmes à chaque début de cours.

Que signifie la poésie pour vous ? [Hésitation]… Il fait chaud, ici ! Ne voulez- vous pas faire un jeu ? C’est si important cette question ? Bon. La poésie, c’est l’art de transformer, faire avec rien quelque chose, et en plus gagner sa vie avec ! Par exemple, je suis l’inventeur de l’instrument du silence. [Il sort une petite boîte, avec une partition à l’intérieur, imitant le geste d’un joueur d’accordéon]. Etre un poète, c’est être scandaleux, être un imposteur, finalement.

Louise et Margaux

Dumortier, le maçon des mots

Le jeudi 20 mars 2014, les classes de seconde 3, 9 et 14 du Lycée Valin ont eu le privilège de rencontrer David Dumortier en salle de conférences. Les élèves de seconde 3 ont d’abord déclamé son poème le plus connu : « Medhi met du rouge à lèvres ». Puis, nous avons eu le plaisir de lui poser quelques questions sur son oeuvre et sa vie d’artiste. Ainsi, nous avons échangé pendant deux heures avec un homme débordant d’humour, d’audace et plein de culture.

Depuis quand écrivez-vous des poèmes ? Cela fait maintenant 27 ans. Mais je gagne vraiment ma vie avec la poésie depuis 15 ans.

Aviez-vous imaginé cette carrière étant petit ? J’avais un peu cette idée-là, je voulais être un artiste. Poète ? Je ne l’avais pas envisagé. En tout cas, je n’aurais jamais pensé avoir un tel succès ! Ce qui est bien, c’est l’imprévu !

Pourquoi vous êtes-vous lancé dans la poésie ? Je voulais être libre, tout simplement. Je n’ai jamais eu envie de travailler dans une usine, d’avoir un chef et de recevoir des ordres ; cela ne m’intéresse pas. Je veux travailler à mon rythme, sans personne pour me dire quoi faire ou de rendre tel travail dans tel délai. Et puis j’aime beaucoup la poésie, et la langue française plus généralement. J’adore lire.

Où trouvez-vous votre inspiration ? Je ne m’inspire pas de quelque chose en particulier pour écrire mes poèmes. Je prends une feuille, j’écris un brouillon et je travaille dessus pendant de longues heures sans jamais gommer ; tout ce que l’on écrit est important ! Ce que je cherche, c’est le rare, l’original et l’inexploré. Le poème « Des Oranges pour ma mère » n’est pas inspiré directement de mon histoire, ma mère n’est jamais allée en prison. En revanche, ma grand-mère, oui. D’ailleurs, je vais régulièrement rendre visite à des détenus en prison pour leur lire mes poèmes, cela me tient à cœur.

Voulez-vous transmettre des messages grâce à vos poèmes ? Non, que voulez-vous que je vous dise ? Il y a les SMS pour cela (rires). Ecoutez, je laisse libre chacun d’entre vous de ressentir ce qu’il veut en découvrant mes poèmes.

Combien de temps mettez-vous pour écrire un poème ? Il y a des choses que l’on ne mesure pas dans cette vie. J’ai du mal à estimer combien de temps il me faut pour écrire un poème, c’est complètement aléatoire. Je peux mettre plusieurs mois comme plusieurs années. Par exemple, il m’a fallu deux ans pour finir « Medhi met du rouge à lèvres ».

En parlant de ce poème, d’où vous est venue l’idée d’écrire « Medhi met du rouge à lèvres » ? Un jour, j’ai fait une intervention dans une école et en discutant avec une des enseignantes, elle est venue à me parler d’un petit garçon appelé Medhi qui venait à l’école habillé en robe et maquillé. Elle m’a demandé ce que j’en pensais car elle ne savait pas comment réagir à cette situation pour le moins singulière, et je lui ai répondu que je n’en savais rien. Du coup, je me suis dit que je pourrais faire un merveilleux travail en m’appuyant sur cette histoire vraie. J’ai donc réalisé ce poème en mémoire de ce gamin que, je n’ai jamais revu depuis. J’ignore s’il l’a lu, et si oui, quelle a été sa réaction. D’ailleurs, je n’ai pas eu à chercher beaucoup le titre, il était parfait ! Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais il y a un jeu avec les sonorités, une allitération en « M » et en « D ».

Que se passe-t-il une fois que la rédaction de vos œuvres est achevée ? Une fois qu’un poème est fini, c’est le début de tout ; il faut le corriger, le corriger encore, puis il faut se rendre chez l’éditeur, chose que je n’apprécie guère. S’il plaît, il est mis en vente dans le commerce. En cas d’énorme succès, il peut être adapté et lu comme ce que viennent de faire vos camarades de seconde 3 avec « Medhi met du rouge à lèvres », je les en remercie d’ailleurs. Mais tout cela est vraiment très rare. Il faut savoir que l’an dernier, sur 3000 manuscrits présentés à une maison d’édition, seulement 10 ont été publiés !

Quelles sont vos préférences littéraires ? Je lis très peu de romans mais j’adore la littérature arabe, d’ailleurs, je parle couramment la langue puisque j’ai vécu plusieurs années en Syrie et en Jordanie. Je n’ai pas vraiment de poète préféré… J’en aime beaucoup, et particulièrement un poète grec, Nicolas Kawadias, mais je ne suis pas marié à un en particulier (rires) !

Comment définir votre poésie ? Je suis un artiste, ce n’est pas à moi de définir mon travail. Je suis écrivain, mon métier est de faire des livres. J’essaye d’avoir un style, découvrez-le par vous-mêmes en lisant mes œuvres. C’est comme l’amour ! Je ne vais pas vous expliquer en quoi cela consiste.

En résumé, qu’est-ce que la poésie vous apporte ? D’abord, du plaisir. Du plaisir qui passe par le corps, comme le disait si bien Foucault : « il y a un grand plaisir érotique dans l’art d’écrire ». Être poète, c’est un travail manuel, comme le métier de maçon. Vous voyez, un maçon qui construit une pyramide, son œuvre dure à long terme. Cela marche de la même façon avec le métier de poète. Regardez les poèmes de Rimbaud ! Deux siècles plus tard, ils sont présents partout !

Finalement que signifie le mot « poésie » selon vous ? C’est une excellente question ! Selon moi, c’est transformer et déménager les choses, partir d’un rien pour créer l’Unique, et en plus gagner sa vie avec. Donc, être poète, c’est être scandaleux : c’est une imposture.

Inès et Luana


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