Iris Miranda - rencontre avec les étudiants de la CPES-CAAP

lundi 1er novembre 2021
par  Ronan MAREC

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Iris Miranda est une artiste française qui a passé son enfance à la campagne entourée du monde agricole, et du monde artistique au travers de ses oncles. Etant petite, elle passe son temps à lire des livres anciens, livres d’histoire naturelle, d’anatomie, de botanique illustrés, elle voit alors des images précises qui l’ont fasciné. Cet attrait pour les illustrations lui donnera envie de faire de l’art influencé aussi par ces images auxquelles elle avait porté attention.
Après avoir pratiqué le dessin, Iris Miranda s’est tournée vers le médium de la peinture, qui d’ailleurs n’était pas encore reconnu comme un métier, elle pensait alors devenir professeur. C’est ainsi qu’elle intègre les beaux arts de Toulouse, elle nous dit par la suite qu’elle a décroché car l’école ne proposait pas assez de sujets en lien avec la peinture ou le dessin au profit de la réflexion autour de concepts sur l’installation, alors qu’elle voulait travailler la matière. Elle se tourne ensuite vers une école d’art appliqués qui fera l’objet d’une seconde réorientation car le domaine du design, de la mode, de la communication ne l’intéressait pas. Elle essaye de rentrer dans des grandes écoles comme Estienne ou les arts déco de Paris, n’étant pas sélectionnée, elle entend parler d’une école à Bruxelle, l’école de ENSAV La Cambre grâce à un prospectus avec écrit dessus “ La Cambre, vivre mes utopies”. L’école de la Cambre, semblable dans le concept à celle du Bauhaus, où prône un mélange des arts le plus total, lui permit de se spécialiser pour les cinq années à venir dans un domaine qu’elle devait choisir au début de sa formation. Poussée par une curiosité qui avait été présente lorsqu’elle était enfant et qu’elle observait les illustrations de vieilles encyclopédies, elle décida de se spécialiser dans la gravure. Elle obtient l’équivalent d’un bac+6 et possède une agrégation belge, qui n’équivaut pas à l’agrégation française. Bien que son diplôme ne fut pas reconnu en France, elle décida tout de même d’enseigner avant de se lancer dans l’exposition de ses travaux lorsqu’elle a eu trente ans en parallèle de sa vie de professeur. Elle poursuit ensuite à côté de ses expositions, des interventions dans le primaire et le secondaire.

Iris Miranda pratique donc la gravure et nous a proposé ce 29 septembre une exposition à l’atelier Bletterie rassemblant une partie de ses travaux et s’intitulant D’un noir d’encre.

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En se servant des œuvres exposées, elle nous a montré ses techniques de travail, son processus de création, son inspiration etc.
Tout d’abord, il existe diverses techniques dans la gravure.
L’exposition se composait de plusieurs travaux réunissant deux techniques, de la gravure sur bois ainsi que de la gravure sur métal.
Les travaux de gravure sur bois sont réalisés sur du papier craft de très grands formats qui sont plutôt inhabituels dans le domaine de la gravure, des travaux qui peuvent prendre entre plusieurs jours ou plusieurs semaines voire plus. Ils sont faits à l’aide d’une matrice - support sous forme de plaque, en bois tendre (qui est plus simple à travailler) ainsi que d’instruments permettant de graver dans le bois. Il est important de noter que la gravure sur bois impose un processus qui diffère du dessin traditionnel, les zones creusées seront les zones de blanc, tandis que les zones laissées intactes correspondront à l’ombre ; une fois la matrice recouverte d’encre, il ne ressort que les parties intactes laissées par l’artiste. Lorsqu’elle façonne l’image pour le bois, elle y laisse une trace, si elle creuse le bois, elle ne peut pas revenir en arrière, ce qui implique une grande concentration et une grande précaution. Elle se laisse donc une marge, autrement dit, elle laisse une zone de noir pour se questionner sur ce qu’elle va faire et pour ainsi ne pas aller trop vite dans l’élaboration de sa gravure. C’est pour cela qu’elle réalise un dessin préparatoire à la craie pour visualiser une première fois ce qu’elle va réaliser à l’aide de gouges plus ou moins larges. Le geste de l’outil va se retrouver dans son travail. Elle définit donc son image par une forme de destruction de la matière. Le résultat que nous avons pu voir au cours de l’exposition est imprimé sur papier craft, la couleur marron rappelant le bois ayant servi pour la matrice, papier qui est alors tendu, marouflé sur une structure initialement réservée aux toiles.

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La gravure sur métal, elle, diffère par sa taille, le processus de réalisation ainsi que le résultat. Tout d’abord, la matrice pour ce type de gravure est bien plus petite que celle nécessaire à la gravure sur bois ; ensuite, on se sert de burin, de pointe-sèche et de pointe d’acier pour graver cette dernière, celle-ci est généralement en zinc ou en cuivre. La technique utilisée consiste, grossièrement, à ‘imprimer’ le creux, que ce soit en se servant de pochoirs, en creusant les contours, pour accentuer le trait, Il est également nécessaire de protéger petit à petit les zones à conserver, elle travaille avec des techniques de pochoirs et de caches, en les gardant grâce à un vernis empêchant la technique de l’eau forte d’attaquer le tracé. La matrice est ensuite plongée successivement dans des bains d’acide pour obtenir peu à peu le relief qui permettra ensuite une impression sur papier qui donnera un résultat avec différentes teinte de gris, résultat obtenu grâce à la technique de l’aquatinte, qui permet de réaliser des aplats de couleurs sur une plaque de cuivre grâce à un grainage à la poudre de résine (colophane) qui va alors créer des reliefs qui vont permettre à l’encre d’adhérer à la plaque. Elle permet à l’encre de coller au papier et de le rendre granuleux (donnant ainsi une surface composée de points et non de traits).
(Il existe également la linogravure dont Iris Miranda nous a brièvement parlé, où ici le support change pour être plus tendre et donc plus facile à graver. C’est un style de gravure utilisant le linoléum comme support.)
Pour le processus d’impression, plusieurs moyens sont possibles, le plus connu étant l’usage de deux presses : en glissant la matrice imbibée d’encre ainsi que la feuille devant abriter le résultat final entre deux rouleaux, une forte pression s’applique aux deux sujets permettant une impression efficace de la matrice.
Les travaux d’Iris Miranda sont généralement en série, par exemple, les gravures sur bois que l’on a pu voir se composaient de six exemplaires chacune.

Pour ce qui est de l’inspiration, Iris Miranda nous dit que ses dessins sont avant tout du dessin d’observation, à partir de modèle, elle n’apprend pas à dessiner mais à observer, pour pouvoir retranscrire ce qu’elle voit. Les livres qu’elle a pu feuilleter dans son enfance l’inspirent également. Ses projets tournent autour de l’humain, ou une partie de l’humain, pas forcément d’un homme ou d’une femme, d’une jeune ou vieille personne mais d’un humain. A travers cet être, elle parle du fait d’être traversée par le monde, les sensations, les émotions. Pour cela, Iris Miranda travaille également à partir de modèle, des inconnus ou des amis, des photos ou même à partir d’elle-même en se plaçant devant un miroir. (Elle nous fait également part d’un challenge, celui de réaliser un autoportrait par jour pendant un an). Et, à travers ces sujets universels nous pouvons retrouver également dans ses travaux la présence de plantes, de végétaux. Cependant, l’artiste insiste sur le fait que le public se fait sa propre interprétation, chacun lit l’image avec ce qu’il est et comme il l’entend. En d’autres mots, l’image est autonome, “elle dépasse sa pensée”, lorsqu’elle entame son travail elle se fait une idée du résultat qui peut prendre une toute autre dimension à la fin de la gravure. Il n’y a donc pas de réel message, nous voyons ce que nous voulons bien voir, soit un corps qui s’hybride avec des végétaux mais qui peuvent dans certains cas juste être une idée formelle. Elle en donne la clé de la composition, soit exprimer quelque chose à travers le végétal et le corps, à partir de la sève, de la croissance, comme la floraison d’une fleur. Pour se donner une idée d’une potentielle interprétation, cela pourrait faire du lien pour certains avec les vanités, l’évocation du temps qui passe. Mais son travail ne l’intéresse pas que dans l’évocation et le fond que chacun peut interpréter, elle dit aussi éprouver de la satisfaction dans la conception de l’image, dans la forme.

De manière plus personnelle, Iris Miranda nous a également parlé de son rapport à ses projets, elle nous parle de ses choix sur ses expositions comme le fait de ne pas tout montrer, notamment ses projets sur la peinture qu’elle continue et qu’elle garde comme une note visuelle plutôt que comme un projet abouti à présenter. Enfin, l’artiste nous a donné un dernier conseil : simplement se lancer, avoir le courage de faire et de montrer nos travaux en tant qu’artistes.

Compte-rendu de rencontre réalisé par Naïs Richez et Julien Vollette

Vous trouverez ici un petit lexique de la gravure réalisé parles étudiants de la CPES-CAAP

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