Souad Labbize

jeudi 19 mai 2022
par  Ingrid GHILARDINI

Grâce à LEAR, le lycée Valin a reçu la poétesse Souad Labbize le mercredi 16 mars 2022. Deux classes de seconde, S02 et S04, l’attendaient avec impatience. Les élèves ont ensuite rédigé reportages et interviews pour mettre en lumière ce qu’ils avaient retenu de cette rencontre.

L’univers de Souad Labbize

Le mercredi 16 mars 2022, de 10 heures à midi, le lycée Valin a accueilli une écrivaine originaire d’Algérie qui se nomme Souad LABBIZE. Au début de cette conférence, les élèves de 2nde 02 et 2nde 04 lui ont proposé un spectacle : une lecture de quelques-uns de ses poèmes, extraits de Brouillons amoureux et de Je franchis les barbelés. Après les remerciements de la poétesse visiblement touchée, l’échange a pu commencer.

Souad Labbize a vécu toute sa jeunesse à Alger, elle a fait des études de lettres car elle est passionnée par l’écriture depuis le lycée. Après l’université, elle quitte son pays d’origine pour aller faire du bénévolat en Allemagne puis retourne en Algérie. Ensuite elle décide de partir en Tunisie à l’âge de 26 ans, puis choisit de la quitter pour la France.
Lors de notre rencontre, un élève lui a demandé quelles étaient ses émotions lorsqu’elle écrivait et elle nous a raconté une anecdote qui a été un tournant dans sa carrière. Elle avait commencé à écrire de la poésie en seconde, puis des récits en terminale. Mais après avoir montré ses textes à sa professeure de lettres en faculté, elle fut découragée par ce que cette dernière lui avait dit, et décida d’arrêter d’écrire. Sa professeure avait jugé qu’il ne fallait pas écrire sur le coup de l’émotion, mais seulement après avoir réussi à calmer ce que l’on ressentait. Souad Labbize a mis longtemps avant de recommencer à créer, et n’a proposé sa première publication qu’à 45ans, soit 26ans après cet évènement.
Entre ces deux périodes cette femme a vécu longtemps dans la précarité puis a été professeure de français, elle nous a d’ailleurs confié qu’elle ne voudrait plus exercer ce métier car cela ne lui correspondrait plus. Il y a 20 ans, elle est arrivée en France, à Toulouse plus particulièrement, et compte y rester un certain temps.
Aujourd’hui elle ne vit pas de ses œuvres. Quant à ses traductions, elle a précisé qu’elle marchait au coup de cœur et qu’elle n’était encore pas dans la démarche de gagner de l’argent, comme lorsqu’elle a traduit les Lettres à Samira, ouvrage paru en 2021. Elle choisit en effet ce qui lui semble important comme les lettres que son ami syrien Yassin Al Haj Saleh a écrites à son épouse kidnappée dans l’espoir de pouvoir la retrouver un jour. Souad a donc traduit en français et d’abord pour la presse - Le Monde - chacune de ces missives écrites de 2017 à 2019 pour qu’un grand nombre de personnes dans le monde entier puisse lire et être informé de ce qu’il se passe en Syrie. Elle a conclu qu’il fallait écrire par passion et non dans l’idée de devenir "riche". Et elle nous a donné un exemple concret en nous expliquant qu’actuellement, elle avait des aides financières comme le R.S.A, et qu’un auteur ne touchait qu’un faible pourcentage du prix d’un livre : 20%.

Dès le début de notre rencontre, elle nous a raconté qu’elle écrivait dans son lit avec un bon café. La plupart de ses récits parlent de la place de la femme dans la société et dans le monde comme dans un de ses livres où sont réunies sept nouvelles. Elle en a d’ailleurs lu une à une assemblée très attentive.
Quant à ses poèmes, Souad Labbize les écrit en vers libres pour casser les codes de l’écriture et avoir plus de liberté. Elle a souligné aussi le fait qu’elle mettait beaucoup de temps à réécrire car elle essayait de faire le maximum pour que ses textes soient les plus courts possibles. Elle trouve que savoir résumer est essentiel parce qu’il suffit de très peu de mots pour dire des choses importantes.

La conférence s’est terminée par une séance de dédicaces. Des élèves de 2nde 2 option arts plastiques ont offert à Souad Labbize des affiches originales créées pour annoncer cet événement dans le lycée.

Merci à Séraphine, Inès, Sasha, Alexia, Lou, Louna, Emilie pour la rédaction du reportage.
Merci à Sophie et Jessica pour le titre.

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Souad Labbize en pleine franchise

Êtes-vous, malgré ce que vous avez traversé par le passé, heureuse et épanouie aujourd’hui ?
Dans ma vie actuelle, « heureuse » est peut-être un grand mot, mais je suis épanouie dans tout ce que je fais. Par le passé, j’ai vécu des grands bouleversements. En tant qu’enfant, un viol. En tant qu’adolescente, un grand coup à l’ego : ma professeure de lettres m’avait reproché ma façon d’écrire : « Il faut écrire avec la tête, non avec le cœur ». Aujourd’hui, je me sens mieux. Je suis passée par le rôle de professeure de français - à ne plus refaire - qui m’a permis de sortir de la précarité. A l’heure actuelle, je suis au RSA, et publie mes livres depuis 10 ans. Il ne faut pas croire que publier rapporte beaucoup d’argent... Toutes les étapes de ma vie font l’adulte que je suis aujourd’hui, la passion qui me permet d’écrire. On peut dire que grâce à ces souffrances ou à cause d’elles, je suis devenue écrivaine.

Plus précisément, quel a été votre parcours ?
Je suis née en Algérie en 1965. Mais je suis partie en tant que bénévole en 1988 en Allemagne à la fin de mes études universitaires. Puis, je suis repartie en Tunisie car c’était plus simple pour les femmes, pour enfin venir m’installer en France il y a vingt ans et devenir professeure de français. Mais j’ai commencé à écrire très jeune. Je devais être au lycée... pas plus vieille. Sauf que j’ai jeté mes carnets plus tard, après cet échange avec la professeure de lettres de l’université. C’est à ce moment-là que j’ai décidé d’arrêter d’écrire. Plus tard, j’en ai tiré deux conclusions : la première est que même si cela avait calmé mes ardeurs et touché mon ego, c’était dommage, car j’aurais ainsi pu écrire des récits plus tôt. La deuxième est que, avec le recul, si mes poèmes avaient été publiés, ils auraient pu me porter préjudice du fait qu’à cette époque, je n’étais pas assez mûre.

Pourquoi écrire, et traduire ?

Alors, j’écris pour réparer les injustices, particulièrement celles faites aux femmes par la société patriarcale. La plupart du temps, les sujets que j’aborde ont trait aux femmes qui se défendent et veulent s’en sortir par elles-mêmes face aux différents problèmes qu’elles peuvent rencontrer. J’aborde aussi le viol, et plus exactement la difficulté d’en parler, dans Enjamber la flaque où se reflète l’enfer, fabriqué par une maison d’édition féministe, écrit en français et en arabe. Je traduis aussi des ouvrages de l’arabe au français, mais uniquement ceux qui me tiennent à cœur. J’ai d’ailleurs travaillé sur des lettres arabes écrites par Yassin Al-Haj Saleh qui a perdu sa femme Samira, kidnappée en Syrie. Ces missives ont par la suite constitué un livre, Lettres à Samira. Vous voyez, je m’inspire du monde qui m’entoure : l’Histoire, l’expérience, et ce que vivent les femmes dans le monde. Chaque matin, je m’informe des dernières nouvelles via mon ordinateur avec une bonne tasse de café pour le réveil.

Pourquoi écrire en vers libres ?
Je déteste être conformiste. C’est pour cela que j’ai arrêté le travail de professeure de français. Il fallait suivre un programme avec de la conjugaison, de la grammaire. Ça ne me plaisait pas. Je préférerais enseigner la poésie afin de développer la créativité de mes élèves, comme la peinture, la photographie, le cinéma… Les vers libres permettent de parler de liberté sans l’évoquer littéralement. Cela me permet de ne pas respecter les règles !

Merci à Sean, Roméo, Maura, Dorian, Giulia, Clotilde, Marie et Elona pour la rédaction de l’interview.
Merci à Emma et Kathleen pour le titre de l’article.


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mercredi 6 juillet 2022

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